| L’équipe de la mission ©UNHCR/A. Ngargoune |
La Sous Délégation UNHCR de Gorē a reçu
du 12 au 15 mars 2018 une mission ECHO (Aide Humanitaire et Protection Civile
de la Commission de l’Union Européenne). Elle était accompagnée du Représentant
adjoint du HCR/Protection, du Secrétaire Permanant de la Commission Nationale
d'Accueil et de Réinsertion des Réfugiés et de Rapatriés (CNARR) et du Chargé
du Programme Transferts Monétaires au PAM. Une équipe de l’Agence Turque de
Coopération et de Coordination du Tchad (Tika) s’est aussi jointe à la mission.
La délégation d’ECHO conduite par sa
chef d’unité Afrique du Nord, Occidentale et Centrale et de son chef de bureau
au Tchad a eu pour objectifs principaux : de constater de visu la situation des
urgences, relever les défis majeurs en matière de protection et d’assistance en
vue d’éventuelles contributions et visiter les activités majeures mises en œuvre
sur fonds ECHO notamment le site maraicher et les Activités Génératrices de
Revenus. Cette mission intervient dans une circonstance particulière. Elle
arrive à Gorē le même jour de l’activation de l’urgence niveau 2 au Sud du
Tchad par le siège du HCR.
En effet, depuis le 26 décembre 2017,
suite à des affrontements entre des groupes armés au nord de Paoua (République
Centrafricaine), suivis d’exactions commises sur la population civile, un
afflux de réfugiés centrafricains a été enregistré au sud du Tchad. On dénombre
21.448 réfugiés enregistrés dont 5,852 installés dans les camps de Doholo,
Dosseye, Amboko et Gondje et les autres installés dans 44 villages d’accueil
sur les axes de Békan, Oudoumian et dans les villages de Moissala, ceci avec le
soutien permanent des autorités. Cet afflux est le plus important depuis 2014
et dépasse la capacité opérationnelle des organisations humanitaires. 1,300
abris d’urgence ont été construits à Dosseye et Doholo et 2,192 PBS (Personnes
à Besoins Spécifiques) y compris les ENA/ES (Enfants Non Accompagnés / Enfants
Séparés) ont été enregistrés dans la base de données progrès du HCR.
Lors de la visite de courtoisie de la
mission, le Préfet du Département de la Nya Pendé a formulé des doléances en
rapport avec la nécessité de désenclaver certains villages hôtes ainsi que
l’importance de l’adduction en eau potable. Il a aussi rappelé que «les
ressources naturelles dont dépendent les populations autochtones sont
sévèrement affectées par l’afflux de nouveaux réfugiés et qu’il est nécessaire
de converger les efforts pour y trouver une solution idoine ». La mission
a, quant à elle témoigné sa profonde gratitude aux autorités pour leur
politique d’hospitalité et félicité les populations autochtones pour leur
générosité en faveur des réfugiés centrafricains avant de réaffirmer sa
disponibilité à apporter sa contribution pour faciliter la coexistence
pacifique et le développement progressif de ces zones.
Pour constater de visu les réalités,
l’équipe s’est rendue dans les camps de Doholo et Dosseye. Elle y a visité les
nouveaux sites de relocalisation, l’école, le centre de santé et les projets
financés par ECHO. Le passage de la mission au camp de Doholo a coïncidé avec
une distribution du cash à usage multiple, une opération inter agence (HCR,
FAO, PAM, UNFPA et UNICEF) comprenant l’alimentation, la santé et le Wash (Eau,
Hygiène et Assainissement) d’une valeur de 5.500 FCFA par personne et par mois.
Le camp de Doholo ouvert le 03 décembre
2014 est le dernier camp à Goré. Pour cette urgence, c’est le camp qui a
accueilli le plus grand nombre de nouveaux réfugiés en relocalisation. 800
abris d’urgence (dont 640 construits par le HCR) et 06 hangars de transit y ont
déjà été construits.
Au cours des échanges avec les nouveaux
réfugiés, l’équipe de la mission a été touchée par le témoignage d’un refugié
arrivé au Tchad le 26 décembre 2017 qui a déclaré : «j’ai tout perdu avant
de venir au Tchad le 26 décembre 2017. Ma maison était complètement incendiée.
Je n’ai pas les traces de ma femme et de mes enfants jusqu’à présent. J’ai
bénéficié de la générosité des frères tchadiens à mon arrivée dans le village
frontalier Bekoninga. Aujourd’hui je réitère ma gratitude au HCR qui m’a donné
un abri. Merci aussi au PAM pour son assistance alimentaire».
Le périmètre maraicher de Doholo est un
micro projet de développement dans la vallée de ladite localité arrosé par un
pompage d’eau depuis la rivière Pendé. Ce projet financé par ECHO profite à la
population locale et aux réfugiés. Sous financement ECHO sur un aménagement de
4ha, 88 réfugiés dont 55 nouveaux réfugiés et 3 autochtones y font le
maraichage. En perspective, ce projet vise à mettre un maillon de
commercialisation avec les grossistes maraicher de Gore et Moundou.
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Une
chef de ménage reçoit l’assistance ©UNHCR/A. Ngargoune
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Après Doholo, la visite au camp de
Dosseye était faite au centre de formation professionnelle (VTC) et sur le site
en aménagement devant accueillir les nouveaux réfugiés. Les principaux défis du
VTC présentés sont la reconnaissance juridique du parchemin des lauréats par le
Gouvernement du Tchad et la baisse des ressources impactant la réduction du
nombre des apprenants en dépit de la hausse de la demande.
Dans les villages d’accueils Békan,
Koutou Mballa, les discussions ont été simultanément organisées avec les
réfugiés et les populations hôtes à la suite des échanges avec le Sous- Préfet
de Bekan. Dans tous les villages, le besoin d’accès à l’eau potable et
d’autonomisation des réfugiés et des communautés hôtes ont été relevés. Les
visites de terrain se sont poursuivies jusqu’à la frontière entre le Tchad et
la République centrafricaine où ont eu lieu des échanges avec les réfugiés de
Koutou-Mballa résidant à la frontière. Ces derniers ont déclaré ne pas vouloir
être relocalisés au-delà du village de Békan.
La mission a, pour terminer, visité les
ponts abimés qui constituent un enjeu majeur pour relier les villages d’accueil
en vue du monitoring de protection et l’assistance surtout avec les saisons de
pluies qui s’annoncent.
Au cours des discussions dans les
villages, Mme Susanne Mallaun, chef d’unité Afrique du Nord, Occidentale et
Centrale a passé des messages clés : «il est important d’établir dès cette
phase d’urgence, une bonne connexion entre la réponse d’urgence et les actions
à plus long terme de l’assistance. Il importe de privilégier toutes les actions
qui encourageraient la cohabitation pacifique entre réfugiés et autochtones.
L’Union Européenne reste très sensible à cette situation ».
La réunion de débriefing qui a eu lieu
le 14 mars a permis de présenter le plan de réponse global à l’urgence du sud
qui reste sous financée en dépit de l’apport du CERF (fonds d’urgence) avec
l’octroi de 30% des besoins exprimés. Les grands défis à relever sont entre
autres : l’accès aux villages d’accueils (réhabilitation des ponts), le
fonctionnement des écoles (pour éviter l’oisiveté et les fléaux sociaux),
l’accès à l’eau potable, les abris, le contrôle de la situation nutritionnelle
des enfants et des femmes, l’enregistrement et la documentation, les moyens
d’existence, la sécurité alimentaire et les articles non alimentaires. Les
discussions entre l’équipe de la mission et tous les partenaires impliqués dans
la gestion des urgences ont été surtout orientées vers le plan de réponse qui
met en exergue les priorités, les réponses, les défis et les gaps. Il a été
recommandé d’établir un plan de réponse qui alliera les activités humanitaires
et celles de développement dans la zone.
En rappel, ECHO est le deuxième
contributeur aux opérations du HCR Tchad en 2017 avec un financement de 5
millions de Dollars au bénéfice des réfugiés soudanais et centrafricains.
L’institution, toujours au chevet des
refugiés et autres personnes sous mandat du HCR vient d’annoncer : «L'Union
européenne se tient aux côtés des réfugiés centrafricains et des communautés
qui les accueillent dans le Sud du Tchad. Dans cette région frappée par une
détérioration de la sécurité alimentaire et avec un faible accès aux services
de base tels que la santé ou l’éducation, l’assistance humanitaire demeure
essentielle. Le département des opérations d’aide humanitaire européennes de la
Commission Européenne apporte 1 million d’euros en soutien aux populations dans
le besoin. Nous travaillons en étroite collaboration avec la direction
européenne du développement pour assurer le lien entre la réponse d’urgence et
les actions à plus long terme. Dans ce sens, la Délégation de l’Union
Européenne au Tchad va aussi soutenir cette région avec des financements
supplémentaires »
Au
28 février 2018, le Tchad compte 438.695 réfugiés dont 327.454 soudanais, 101.426
centrafricains et 9.540 nigérians.
Aristophane
Ngargoune
Pour plus d’information contacter Aristophane
Ngargoune
P.I. Associate, UNHCR N’Djamena
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